Quel avenir de l’assurance avec le Big data ?

Dr Hassen RAIS

Avec le Big data, le business modèle de l’assurance risque d’être modifié. Grâce à une connaissance très fine des habitudes et du comportement de ses assurés, l’assureur serait en mesure de leur proposer des solutions de couverture propre. De ce fait, le modèle qui jusqu’ici était basé sur la mutualisation, pourrait être remplacé par un modèle d’une logique plus patrimoniale.
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Le business model de l’assurance repose sur le principe de mutualisation. La couverture d’un risque se fait à partir de l’ensemble des cotisations versées par tous les assurés. Au-delà de ce principe de base, la présence d’antisélection nécessite l’utilisation d’information précise sur l’assuré afin de lui fournir la juste prime.

Avec le Big data, l’industrie de l’assurance est en train de connaitre un bouleversement sans précèdent. Le Big data à travers le volume de la quantité de données, la vitesse de la fréquence à la laquelle les données sont générées, et la variété des sources et leurs diversités, crée de magnifiques opportunités pour l’industrie de l’assurance.

Il permet d’abord d’individualiser les risques à un niveau de pricing extrême, en proposant aux assurés des contrats tarifés au plus proche de la disponibilité maximale à payer de ces derniers. Il permet ensuite de déterminer le taux d’attractivité d’un produit pour un segment de population. Afin de proposer un produit qui intéressera le plus grand nombre, et ouvre ainsi des perspectives sur de nouveaux marchés. Il permet enfin la prise en compte de nouveaux critères comportementaux, autorisant des corrélations entre le risque et le comportement.

Dans un monde où le risque de chacun serait parfaitement identifiable, l’assureur proposerait une couverture propre à chacun, permettant de lisser ses ressources mensuelles en fonction des sinistres que lui seul subirait sur son horizon de vie. De ce fait, on ne parle plus de mutualisation, et au modèle assurantiel actuel viendrait se substituer un calcul de trajectoire optimale de consommation individuelle. Chacun devant assumer les risques qu’il prend et non plus faire supporter aux autres les conséquences de ses maladresses. Le modèle assurantiel tel que nous les connaissons aujourd’hui pourrait donc, d’ici quelques années, devenir obsolète. En effet, grâce à cette connaissance accrue des clients, il devrait être possible de développer une prévention des risques, et à la limite en supprimer certains.

Cependant, ce modèle plus individualiste basée sur la connaissance fine du comportement et avec une tarification propre, risque de faire perdre l’équilibre technique de la mutualité qui est à la base de la solvabilité nécessaire d’une société d’assurance. A plus long terme, l’avenir de l’assurance pourra être compromis. D’autres acteurs avec une vision purement patrimoniale seraient dans une position plus favorable pour accompagner le risque des clients.

Dr RAÏS HASSEN, ESSCA School of Management.